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ON EN EST LÀ !

Théâtre, comics et élucubrations diverses : Le Blog de Jérémy Manesse. (Toute rime est purement fortuite)

Et si on n'inventait pas de nouvelles façons d'être odieux ? (Nouvelle lettre ouverte aux acteurs et consommateurs du spectacle vivant)

Et si on n'inventait pas de nouvelles façons d'être odieux ? (Nouvelle lettre ouverte aux acteurs et consommateurs du spectacle vivant)

Coucou, c'est moi, le type qui râlait sur le remplissage par invitation dans les théâtres. Souvenez-vous, c'était il y a trois ans (pfiou, le temps passe). Je suis bien content que cette lettre ouverte ait provoqué une prise de conscience collective et que les théâtres se soient détournés de ce genre de pratique dans les trois ans qui ont suivi. #ironie

Si je reviens vers vous, vous qui travaillez dans le théâtre, qui consommez du théâtre ou simplement qui avez le malheur de passer par là, c'est que j'ai eu vent d'une nouvelle pratique qui voudrait se mettre en place et que j'ai bien envie de tout faire pour qu'elle meure dans l’œuf.

Le théâtre à la télé, c'est bien. C'est évidemment vachement moins bien que de voir une pièce en vrai, au théâtre, avec les acteurs juste là, en ayant la certitude qu'on voit quelque chose d'unique puisque qu'il n'y a pas deux représentations qui se ressemblent, mais ça participe à la démocratisation du théâtre, ça peut aider des pièces à élargir leur public, à trouver des dates de tournée... franchement, je n'ai rien contre, même si j'en consomme peu.

J'apprends que certaines chaînes (#BalanceTaChaîne) proposent quelque chose de nouveau aux petites pièces auxquelles ils s'intéressent. J'entends par "petites" pièces les pièces sans énorme budget, sans vedettes, qui font souvent partie des succès les plus durables. Ces pièces que les rares émissions sur le théâtre ont énormément de mal à traiter puisqu'ils ne comprennent pas comment quelque chose peut marcher sans vedettes et sans qu'ils en aient parlé avant.

Ben justement, l'idée est d'acheter le spectacle pour une captation, qui sera diffusée sur la chaîne, mais avec une distribution choisie par la chaîne. Une distribution, vous l'aurez deviné, plus "bankable" que celle d'origine.

C'est odieux d'un milliard de façons. Ces pièces ont souvent été portées par lesdits acteurs "pas connus" pendant des semaines, des mois, des années, dans des conditions financières souvent précaires. La captation, au-delà du cachet qui ne change pas une vie, c'est une façon d'avoir un peu de reconnaissance au bout d'une aventure, voire de la relancer. C'est aussi une équipe, une expérience de scène construite sur des semaines, des mois, des années, que ne sauront jamais reproduire Jacqueline Célèbre et Jean-Pierre Connu, parachutés sur le spectacle. C'est bien sûr une vitrine pour les acteurs, qui n'ont pas forcément pour objectif de jouer éternellement en tant que quasi-inconnus dans des succès-surprise. Et j'en passe. C'est en tout cas une nouvelle façon de vampiriser la richesse et la liberté de ce qu'il se passe sur nos scènes de théâtre, qui peuvent encore donner la parole à des bandes de potes, à des équipes.

Je parle en connaissance de cause, étant "sociétaire" d'un théâtre, le Café de la Gare, où tous les plus grands succès, du Graphique de Boscop au Tour du Monde en 80 Jours en passant par Thé à la menthe ou t'es citron, Arrête de pleurer Pénélope ou encore Court-sucré ou long sans sucre, se sont faits sans la télé, ont reposé sur des équipes et pas sur la présence de vedettes.

Je peux comprendre, même si je ne cautionne pas, que dans le cas d'adaptations ciné les productions soient tentées par des distributions "stars" : Les budgets et les soucis de rentabilité ne sont pas les mêmes, la preuve, avec un bon premier jour Paris au cinéma (genre Le sens de la fête), on remplit le Café de la Gare à craquer pendant trois mois. Pour moi, la plupart du temps, ce choix vide le projet de son âme, mais je peux comprendre.

Je comprends aussi que les productions des pièces soient tentées si des chaînes viennent leur proposer un deal de ce genre, c'est une façon de rentrer dans leurs frais. Mais il faut refuser immédiatement, énergiquement et bruyamment avant que cette pratique ne devienne courante. J'en appelle aux théâtres, aux productions, aux auteurs des pièces de ne pas accepter ce genre de conditions. Vous allez détruire des équipes, dévoyer le projet, ternir une expérience. Et probablement tuer la carrière de la pièce : Qui ira voir le spectacle après en avoir vu un bout à la télé si la distribution n'inclut pas les "vedettes" qu'il a aperçues ?

C'est marrant que ça tombe au moment où on tente quelque chose de nouveau avec la captation d'une de mes dernières pièces. C'est pas dit que ça donne grand-chose, c'est surtout une façon de prolonger la vie du spectacle et d'avoir un beau souvenir, mais c'est nous qui avons payé cette captation et elle nous appartient entièrement. Évidemment, c'est impossible dans le cadre d'une captation télé, mais on n'est pas obligés non plus de tout accepter.

Je ne sais pas tous les détails, à quel point cette idée est déjà appliquée ou seulement "dans les tuyaux", mais à l'heure où tout le monde s'étonne de ce que tous les gens du métier savaient ("Ah bon, il pompe ses sketchs à des américains ? Rooooh." ou "Ah bon, des comédiennes se font tripoter par des producteurs ? Rooooh."), je ne veux pas me retrouver plus tard à dire "ah oui, j'en ai entendu causer mais bon, qu'est-ce que je pouvais faire ?". Là, j'apprends que ça existe. Alors voilà. Est-ce qu'on ne pourrait pas s'épargner une dérive dont on sait comment elle sera perçue plus tard ?

Parce que franchement, sans être aussi glauque que l'affaire Weinstein, des chaînes de télé qui piquent des rôles à des gens pas connus pour les refiler à des vedettes, ça sonne assez moche, non ?

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M
Pardon de faire mon chipotos sur une phrase entre parenthèses mais "Des producteurs tripotent des comédiennes" serait une formulation plus heureuse qu'à la forme passive.

Sinon c'est très intéressant. Je ne savais même pas que ce type de pratiques de pipolisation des distributions pour la télé existaient !
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J
Tu as entièrement raison. Mais bon, je l'ai écrit comme ça, j'assume l'erreur.

Pour le reste, tu n'es pas au courant parce qu'à ma connaissance, ça ne s'était pas encore produit jusqu'ici. C'est pour ça que j'en parle maintenant, avant que ça ne se concrétise.